Le desman des Pyrénées

Le résumé:

Est un mammifère aquatique au pelage brun, son cousin, la taupe, il ne vit que dans les Pyrénées.

Nocturne et solitaire, atteint de cécité presque totale, il niche dans un terrier creusé dans les berges des cours d'eau. Il passe la majeure partie de son temps à chercher des insectes. Il remue le fond de l'eau avec sa trompe mobile et plate de deux cm de long. Il consomme quotidiennement son poids en nourriture. C'est un insectivore dont le régime alimentaire est largement dominé par des larves d'insectes aquatiques.

Avec sa fourrure dense et imperméable, ses pattes palmées, sa longue queue plus longue que le corps servant de gouvernail, ses narines et trous auditifs qui s'obturent. Le desman ne revient à l'air libre que pour respirer.

Son unique ennemi est la pollution des rivières par l'homme. Actuellement il est exceptionnel de le croiser du fait de sa rareté et de sa discrétion. Mais vous avez la possibilité de le rencontrer à la Maison des Sources, où j'ai pris cette photo.

Il est protégé au niveau national et international

Discrète la bestiole ! et farouche en plus !
Ceci explique sans doute cela.

Le desman des Pyrénées, présent également dans toute la partie nord et centre de la péninsule ibérique ainsi que dans le nord du Portugal ne fut repéré et observé que très tardivement.
Animal extrêmement spécialisé, le desman a choisi au cours de l'évolution une niche écologique très originale pour continuer d'exister.
Une place de " draguer des cours d'eau ".
Mais même s'il est aujourd'hui protégé, ce qui semble normal et nécessaire, notre pollution humaine croissante et nos différents aménagement hydrauliques le mettent de plus en plus en situation difficile.
Gros plan sur cet étonnant et attachant petit mammifère hyper spécialisé dont on ne sait pas encore tout.

Une observation difficile
Autant vous prévenir tout de suite. Si vous voyez un jour un desman c'est que vous avez beaucoup de chance et vous pouvez de ce pas allez jouer au Loto !
Il faut savoir que ce mammifère est en effet aquatique, très vif, très actif (genre vous le croyez là, il est déjà là bas)et qu'en plus il préfère sortir la nuit.
Aussi réussir une photo de desman tourne à l'exploit. (mais je vous propose comme moi d'aller à la maison des sources en vallée de Barousse à Mauléon Barousse ou vous pourrez le voir de plus prêt).

Le desman est tellement discret que la première description scientifique de l'espèce par Geoffroy Saint Hilaire date officiellement et seulement de 1811 à partir d'individus capturés à coté de Barbazan-Debat, par un professeur d'histoire naturelle de Tarbes M Derouay.
Le desman était alors fort répandu dans notre département et certainement aussi dans toute la chaîne des Pyrénées.
Il le fut aussi vraisemblablement à la préhistoire dans toute l'Europe, car des fossiles ont été retrouvés dans le Gers, le Puy de Dôme et même dans le Comté de Norfolk et Angleterre.
Hélas ! Son mode de vie le rend très sensible à la qualité de l'eau.
Aussi, au fur et à mesure que celle-ci se dégradait, le desman se replia prudemment sur les hauteurs moins polluées.

On le trouve maintenant en Hautes Pyrénées et en altitude à partir de 400 mètres jusqu'aux plus hauts lacs de montagne.
Quelques individus vivent même à plus de 2000 mètres.

Le desman est devenu (sans le vouloir) un excellent témoin de la bonne qualité de l'eau et du milieu aquatique.
Là où vous trouverez des desmans, la rivière est propre.
Encore faut-il aussi, que ce cours d'eau ne soit pas trop perturbé par des aménagements hydrauliques ou hydro-éléctriques.
Car rien à faire, notre desman aime les cours d'eau aux lits sauvages.
Aussi son habitat se réduit et ses populations se fragmentent peu à peu… signes inquiétant pour son devenir.

Un étrange portrait
Le desman des Pyrénées et appelé scientifiquement galemys pyrenaicus.
C'est un mammifère insectivore de la famille des talpidés. (celle des taupes)
Dans la clasisfication des animaux, le desman est sur un segment un peu isolé.
Il a seulement un lointain cousin russe (desmana moschata), présent dans l'Oural et 2 à 3 fois plus gros que le Pyrénéen.
Son aspect étrange : une boule de poils en général dégoulinante, un corps de rat, une absence d'yeux et d'oreilles (la fourrure la cache), une queue ronde et forte recouverte de simili écailles, des pattes avant de la taupe et des pattes arrière plus importantes.

Le desman Pyrénéens adulte mesure environ 24 à 29 cm, dont une bonne moitié pour sa queue.
Il pèse environ 75 gr.
Son corps est couvert d'une fourrure épaisse très dense et très douce.
Ses pattes avant sont courtes. Celles à l'arrière sont plus puissantes. Elles sont toutes fortement griffues et palmées.
Elle lui permettent de nager sous l'eau, mais aussi de se déplacer sur les berges
Son nez est allongé comme une petite trompe d'ou son surnom inadapté de " rat trompette " il mesure environ un quart de son corps.
Ce nez est couvert de poils tactiles plus longs appelés " vibrisses ".
Ses narines sont équipées d'une membrane, qui permet leur fermeture sous l'eau.
Car cette petit trompe comporte une panoplie technologique digne d'un radar, chromatographe, vision nocturne et on ne sait peut-être pas encore tout !
Situé tout au bout de son étrange nez, l'organe d'Emeir permet à notre desman de déceler des objets à distance.
Un autre organe, celui de Jacobson, situé lui à l'entrée de ses fosses nasales lui permet d'analyser les " odeurs " dans l'eau.
Eh oui ! le desman sent dans l'eau.
C'est insolite mais c'est vrai.
Il repère ainsi sûrement ses proies.

En position de nage le desman colle ses pattes avant à son corps. Ce sont les pattes arrière plus écartées qui feront office de rames et lui permettront de lutter même contre les courants relativement forts.
Toutefois il ne résiste pas à un torrent trop impétueux.
Les lâchers brutaux d'eau pour soulager les barrages lui sont fatals.
Son terrain de chasse favori est de nuit dans le cours d'un ruisseau ou d'une rivière.
Il plonge et se déplace facilement sous l'eau.
Il fouille alors sables et cailloux à la recherche d'insectes avec sa trompe et ses pattes avant.
Ses plongées peuvent durer jusqu'à 4 minutes, mais la moyenne reste entre 10 à 30 secondes.
Le desman se nourrit presque exclusivement d'insectes aquatiques, même s'il ne dédaigne à l'occasion les invertébrés terrestres : un bon ver de terre ou un moucheron par exemple.
Ses préférences vont à 2 familles d'insectes de l'ordre des tricoptères (appelés aussi porte de bois), qui aiment les zones à fort courant et qui vivent sur ou sous les pierres des cours d'eaux…
Il y a d'abord les hydropsychidés, insectes qui construisent de petits filets qui leur permettent de ramasser de minuscules particules organiques dont ils se nourrissent.
Il y a aussi des rhyacophilidés, qui eux sont simplement des prédateurs nettoyeurs de rivière.
Ces insectes sont à forte valeur énergétique(grande taille et faible sclérification).
Il vaut mieux car le desman travaille parfois dans les eaux très froides !
Ces population d'insectes sont par contre très sensibles à la poluttion.
Et par voie de conséquence les desmans aussi.
On a longtemps accusé le desman de chasser les petites truites.
On l'a même persécuté pour cela.
Mais sur une étude de 2000 excréments analysés, pas un seul ne contenait d'écailles de poissons.
Le desman est donc strictement insectivore.
Un desman adulte a besoin d'un terrain de chasse d'au moins 800 mètres de rivière, certains jusqu'à 2000 mètres.
Tout dépend bien sûr de l'état de cette rivière.

Il mange chaque jour à peu près l'équivalent de son propre poids.
Comme la loutre, le desman marque son territoire au moyen de déjections, qui sentent fortement le musc, pour signaler que cette portion de la rivière constitue son territoire.
Après chaque capture, l'animal revient sur le sol pour manger sa proie.
Un fois rassasié, il rentre ensuite dans son terrier situé en général tout près de la berge après avoir pris soin de son pelage.

Une vie sociale et familiale inconnue
En cas de danger, un desman peut crier.
Mais on ne sait pas vraiment comment il communique habituellement avec ses congénères.
Odeurs ? Echos dans l'eau ? Ultra sons ? Mystère.
Comme l'espèce n'a jamais pu être conservée en captivité et qu'elle est très difficile à observer dans son milieu naturel, on ne sait que très peu de choses sur sa vie de famille.
La cohabitation paraissant difficile, chaque sexe semble posséder son propre domaine de chasse, les uns à coté des autres.
Mais quel est le comportement amoureux du desman ? comme s'accouple-t-il ? Combien y-a-t-il de mise bas par an ?De combien de petits ? Qui les élève ? Qui leurs apprend à chasser ? Comment ? A quel âge prennent- ils leurs premier bain ? Les jeunes reproducteurs sont -ils tolérés sur les portions de rivières " propriété " des parents ?Pendant combien de temps ?….
Comme on peut le constater au vu de ces questions, le desman n'a pas encore livré tous ses secrets… et cela participe sûrement à son indéniable charme.
Après tout le proverbe dit : pour vivre heureux vivons caché.
Le desman semble appliquer cette maxime à la lettre.
Mais quand on voit ce que les hommes ont fait de l'ours, on ne peut pas lui donner tort.
On ne peut que lui souhaiter qu'il reste encore longtemps parmi nous !
Alors SVP évitez de polluer ce qui nous reste de rivières propres !! Et faites passer le message!

NOTA BENE : Le DESMAN est protégé au niveau national et international.

 

Merci à JNL, du Parc National des Pyrénées, pour certaines précisions sur ce reportage.